En 2022, leur orientation vers le centre d’hébergement d’urgence “Genottes” de France Horizon marque un tournant. Pour la première fois, un cadre stable permet d’engager des démarches et de construire dans la durée : accès aux droits, stabilisation de la situation administrative, puis insertion professionnelle et accès au logement. En janvier 2026, Odonchimeg signe le bail de son appartement.
Elle nous raconte son parcours, au travers duquel nous pouvons deviner le courage et la détermination dont elle a dû faire preuve pour faire face à de nombreux défis – pour elle, pour ses filles.
Quel était votre quotidien avant votre arrivée chez France Horizon ?
“On changeait d’hôtel tout le temps avec le 115. On restait maximum deux semaines au même endroit, parfois moins. Il fallait appeler toute la journée, attendre, et souvent la réponse arrivait tard le soir. Avec deux enfants en bas âge, c’était très difficile. Il y a même eu des moments où on n’avait pas de place. Par exemple, on a dû dormi dehors dans une voiture pendant trois jours.
Pour l’école, c’était compliqué aussi. Ma fille aînée n’a pas pu entrer en petite section de maternelle parce que je n’avais pas d’attestation d’hébergement. Tout changeait tout le temps, c’était très fatigant.”
Qu’est-ce que votre arrivée au CHU Genottes de France Horizon a changé concrètement ?
“On n’avait plus besoin d’appeler le 115 tous les jours. On avait une chambre, un endroit stable. Mais surtout, il y avait les travailleurs sociaux. Si j’avais besoin, je pouvais aller au bureau et demander de l’aide ou simplement discuter. Ils m’ont aidée pour tout : les démarches administratives, la scolarisation des enfants, la recherche d’un logement, comprendre ce qu’il fallait faire… Quand on est dans une situation administrative fragile et sans ressources, on ne sait pas comment faire seul. Là, petit à petit, j’ai compris et j’ai pu avancer.”
Quelles ont été les étapes clés de votre parcours pour accéder à l’emploi et au logement ?
“D’abord, il fallait stabiliser ma situation administrative. Après, j’ai trouvé un travail en cuisine en juin 2024. Avec mes bulletins de salaire, j’ai pu faire une demande DALO (Droit au logement opposable). Mon dossier a été accepté en décembre 2024, car on vivait à trois dans une chambre de 13 mètres carrés, ce qui était une situation d’urgence reconnue.
J’ai eu une première proposition que j’ai dû refuser, car le logement et son emplacement n’étaient vraiment pas adaptés pour notre situation. Ce qui était risqué, mais le DALO a approuvé que le refus était justifié. J’ai attendu plusieurs mois pour une deuxième proposition qui est arrivée en décembre 2025. J’ai accepté, et j’ai signé le bail en janvier 2026. C’est maintenant l’appartement dans lequel on vit.”
Aujourd’hui, quelles sont les difficultés qui restent dans votre quotidien ?
“Je travaille et on a un logement, mais je suis toujours toute seule avec mes enfants. C’est une course contre la montre tous les jours, entre l’école, le travail et les trajets. Tout est organisé à la minute près.
Pour la garde de mes filles, c’est très cher maintenant. Avant, à France Horizon, je payais moins. Aujourd’hui, entre la cantine, l’accueil du matin, le soir, les mercredis et les vacances, ça peut aller jusqu’à 400 euros par mois pour deux enfants. C’est beaucoup pour moi. Parfois le mercredi, une amie m’aide en les gardant, sinon mes filles restent seule à l’appartement. Je suis seule pour tout gérer.
Il y a aussi le lien social. Avant, il y avait beaucoup de familles, on s’entraidait pour les gardes d’enfants, les déposer et récupérer à l’école, mes filles jouaient avec d’autres enfants. Maintenant, elles sont plus souvent seules. Elles vont à l’école et rentrent : elles sortent moins, jouent moins dehors. Elles s’adaptent, mais ça prend du temps.”
Quand vous repensez au début et que vous regardez là où vous êtes aujourd’hui, qu’est-ce qui vous rend fière ?
“D’avoir fait toutes ces démarches. L’administratif, le travail, le DALO, l’appartement : j’ai avancé étape par étape, sans jamais abandonner. J’étais sans repêre, sans travail, avec deux enfants. Maintenant on a un logement stable, mes filles grandissent, on peut souffler. C’est mieux pour nous. C’est mieux pour elles.”
Comment vous projetez-vous pour la suite ?
“Dans cinq ans, j’espère avoir économisé assez pour demander un crédit et acheter un logement. Aujourd’hui, je paie un loyer. Pour moi, c’est pareil qu’un crédit, sauf qu’à la fin ce n’est pas à moi. Je veux avoir notre propre logement, notre propre chez-nous.”
France Horizon tient à remercier Odonchimeg pour son témoignage, ainsi que toutes les équipes sociales de France Horizon, lesquelles œuvrent chaque jour auprès de familles et personnes isolées afin de les accompagner vers des conditions de vie digne, vers l’autonomie.